A szubszaharai Afrikában a belföldi szennyezés nagyban befolyásolja a várható élettartamot

Cuisine au bois par des familles à Karang, au Sénégal, en janvier 2017.
Cuisine au bois par des familles à Karang, au Sénégal, en janvier 2017. Thierry Gouegnon / REUTERS

L’ouest de l’Afrique subsaharienne respire mal. Cette région est la deuxième plus polluée au monde après l’Asie du Sud en ce qui concerne les particules fines, inférieures à 2,5 micromètres (PM2,5). Le Niger, le Cameroun, le Nigeria, le Tchad et la Mauritanie dépassent tous largement les recommandations de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) concernant l’exposition maximale annuelle à ces polluants. Au Niger, les mesures sont même dix fois supérieures aux normes tolérables.

C’est une des conclusions du troisième rapport annuel du Health Effects Institute (HEI) et de l’Institute for Health Metrics and Evaluation (IHME) consacré à la qualité de l’air dans le monde, publié le 3 avril. Un travail qui conclut que cette pollution fait reculer l’espérance de vie de 20 mois au niveau mondial. C’est même devenu le cinquième facteur qui augmente le risque de mortalité, derrière la malnutrition, l’hypertension artérielle, l’exposition au tabac et un indice glycémique trop élevé.

Combustibles solides

Contrairement à d’autres régions du globe, ce sont les logements qui, à l’ouest de l’Afrique subsaharienne, constituent la source principale de pollution atmosphérique. « En Afrique subsaharienne, où plus de 80 % de la population cuisine avec des combustibles solides, c’est la pollution domestique de l’air qui affecte le plus l’espérance de vie, en étant responsable d’une baisse d’un an et quatre mois sur une perte totale de presque deux ans d’espérance de vie », précise le rapport. Ces combustibles solides – charbon, bois, charbon de bois, fumier et autres matières issues de la biomasse – causeraient même 24 % des décès dans cette zone.

Ces matériaux, principalement utilisés pour cuisiner, génèrent en effet des émissions toxiques. " Brûlés pour alimenter des cuisinières traditionnelles et peu technologiques, ils émettent un certain nombre de polluants dangereux, surtout du carbone et des particules fines », explique Katherine Walker, chercheuse au HEI qui a contribué au rapport. Leur inhalation entraîne des maladies respiratoires, cardiovasculaires ou encore du diabète. Le rapport met d’ailleurs en évidence le lien entre pollution de l’air et développement du diabète de type 2.

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Pour Catherine Liousse, spécialiste de la pollution atmosphérique en Afrique au CNRS, il est donc urgent d’augmenter la prévention. La chercheuse observe que « dans cette région, les gens ont l’habitude de fumer le poisson. Ce qui est excessivement toxique pour les femmes qui le font », puisque cette pollution n’affecte pas seulement les intérieurs, mais se répand aussi dans les cours. Catherine Liousse se réjouit donc de l’émergence « de projets, notamment en Côte d’Ivoire, pour déployer de nouveaux types de cuisinières moins polluantes. Nous agissons, avec des associations de femmes, des mairies, etc., pour conscientiser les habitants sur ce problème tout en tenant compte de leur mode de vie », précise celle qui recommande l’utilisation de gaz ou de combustibles moins dangereux, mais conseille dans tous les cas de bannir le bois. La seule combustion de ce matériau générant plus d’émissions que le trafic routier en Afrique subsaharienne.

Essor industriel

A ces facteurs de pollution inhérents aux modes de vie, s’ajoutent les lacunes des politiques publiques comme le manque d’anticipation de l’industrialisation de ces pays. « Les programmes de régulation de la qualité de l’air sont généralement inexistants ou bien non respectés en Afrique. Si certains ont bien été mis en place, c’est tout récemment », explique Michael Brauer, professeur à l’université britannique de Colombie.

Aux yeux de ce coauteur du rapport, ce retard est d’autant plus préjudiciable que « cela prend du temps avant d’observer des améliorations, alors que l’urbanisation rapide, la forte croissance démographique et le développement économique aggravent la situation en générant davantage d’émissions. » C’est d’ailleurs ce qui se passe avec l’accroissement d’un trafic routier, pas toujours régulé.

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Optimiste malgré tout, Catherine Liousse, du laboratoire d’aérologie du CNRS de Toulouse, préfère dépasser le constat pour s’arrêter sur les deux décrets ivoiriens, pris en décembre 2017, qui vont dans le sens d’un début de régulation des véhicules les plus polluants. Désormais, les taxis importés ne peuvent plus entrer dans le pays s’ils ont plus de cinq ans d’âge, et éviter ainsi à cette région d’Afrique de devenir une « poubelle », accueillant ce qui est considéré comme épaves sur les marchés européens.

Poussières du Sahara

Mme Liousse cite également l’exemple du Bénin qui, grâce au renouvellement d’environ 60 % de ses deux-roues, passant de mobylettes à essence et huile à des motos à essence, a considérablement limité la quantité de particules fines émises entre 2005 et 2015, alors que le nombre de véhicules a augmenté. C’est à ses yeux « un joli exemple de réduction de la pollution ». Et la preuve qu’il est possible d’agir.

Même si le rapport pointe également des sources de pollution plus difficiles à endiguer comme les poussières du Sahara, qui influent aussi sur la qualité de l’air dans les pays subsahariens de l’ouest comme d’Afrique du Nord. « Ces poussières du désert, qui contiennent des petites particules très volatiles, sont transportées par le vent sur de longues distances et peuvent augmenter le taux de particules fines dans ces Etats, note Katherine Walker. Dans une analyse en cours sur le Ghana, nous estimons que 30 à 65 % des microparticules qu’on retrouve dans ce pays proviennent de ces poussières. » Autant de facteurs inquiétants « dans cette région où l’espérance de vie est déjà la plus faible du monde (62,8 ans en moyenne), [et où] l’impact proportionnel de la pollution de l’air est également plus élevé », rappelle le rapport.

Augustine Passilly

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