Tunézia: Bourguiba napján Essebsi lemond az elnökválasztásról

C’est jour de fête à Monastir. La ville d’Habib Bourguiba célèbre le 19e anniversaire de sa disparition. Le chef du gouvernement et le président de la République ont fait le déplacement. De Carthage jusqu’à Monastir, 150 kilomètres, un dispositif policier de grande ampleur a été déployé. Un hélicoptère sillonne le ciel de cette ville fichée à quelques encablures de Sousse. La journée d’hommage a rapidement glissé en un jour éminemment politique.

BCE : « Je ne souhaite pas me représenter »

À trois kilomètres du mausolée d’Habib Bourguiba, la salle Mohamed Mzali accueille le premier congrès électif de Nidaa Tounes, le parti des trois présidents (République, gouvernement, Assemblée des représentants du peuple). Dans ce cylindre avec dôme, des milliers de personnes attendent le discours de Béji Caïd Essebsi. Celui-ci fait l’ouverture de ce congrès tant attendu. Depuis son élection en 2014, Nidaa Tounes a vécu infamies et trahisons, vaisselle jetée à la tête et dislocation progressive. Son bloc parlementaire a fondu de moitié. Hafedh Caid Essebsi, fils de BCE, dirige le parti sans pour autant avoir été élu. Il le sera peut-être à l’orée du week-end. BCE est venu, et pas pour faire de la figuration. Debout, costume trois-pièces sombre, derrière un pupitre gargantuesque, l’homme a bousculé la vie politique tunisienne en quarante minutes bien troussées. Avec une absence de langue de bois notable, il n’a caché ni les dissensions ni la fragilité dans laquelle se trouve la Nidaa Tounes dont il était l’incarnation dès 2012. Sitôt élu, avec 86 députés à l’ARP, le parti a commencé sa dégringolade. BCE est Nidaa. Et la réciproque est encore vraie.

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BCE tend la main à Youssef Chahed

Parmi les principales annonces faites par le président de la République, celle de « ne pas avoir envie de se représenter » à la présidentielle de novembre 2019. Il dit qu’il y a une jeunesse capable de prendre le pouvoir et de l’exercer. Il a insisté sur ce besoin de rajeunissement, mouvement qu’il avait lui-même déclenché en 2016 en proposant un quadragénaire pour la Kasbah : Youssef Chahed. Depuis, les rapports entre les deux hommes se sont franchement dégradés. Le quadra qui occupe la Kasbah depuis deux ans et huit mois – un record de longévité pour la Tunézia – a accusé publiquement Hafedh Caïd Essebsi d’avoir détruit Nidaa Tounes. Qui, en retour, a gelé l’adhésion du militant Nidaa qu’est encore Chahed (il n’a pas démissionné du parti). Un autre parti, Tahya Tounes, a été fondé en février 2019 pour préparer la candidature Chahed à la future présidentielle. BCE a demandé au chef du gouvernement de réintégrer officiellement Nidaa Tounes, demandant à ses dirigeants d’annuler le « gel » dont Chahed est l’objet. Le vieux président a appelé au rassemblement de toutes les forces centristes. Il en revient à la matrice de sa victoire de 2014 : des indépendants, des gens de gauche, des syndicalistes, des destouriens (parti d’Habib Bourguiba) réunis autour d’un projet vantant une Tunisie moderne. En tendant la main à Youssef Chahed, BCE a tactiquement prouvé qu’il ne serait pas l’homme de la discorde. Plaçant le jeune chef du gouvernement dans une situation complexe : s’il refuse la main tendue, il apparaîtra comme le jeune ambitieux qui veut tuer le père politique.

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« Ce sera un congrès très trash »

Dimanche, 1200 membres de Nidaa Tounes devront élire 217 représentants (comme le nombre de députés à l’ARP). Deux cent dix-sept représentants qui choisiront à leur tour une direction de trente-deux membres. Les listes ne sont pas encore officielles : « Elles seront au nombre de deux ou trois », explique Mourad Dellech, le directeur juridique de la formation politique. Une liste Hafedh Caïd Essebsi est certaine. On parle d’une liste Neji Jalloul – ex-ministre de l’Éducation nationale, président de l’ITES (Institut tunisien des études économiques et sociales) et grognard de BCE. Le sulfureux député Sofiane Toubel pourrait porter une liste dans le but d’éliminer HCE du jeu. « Ce sera très trash », affirme Dellech, tant les antagonismes d’hier et d’avant-hier sont vifs, saillants, sanglants. Le temps est compté : les candidatures pour les législatives devront être légalement déposées en juillet. Et le choix d’un présidentiable, et ce ne sera pas BCE, presse. Le nom de l’ancien ministre du Développement et des Finances (il assurait les deux fonctions) Fadhel Abdelkefi surgit. Il avait démissionné de son poste en 2017, car inquiété par la justice. Blanchi, il pourrait incarner une ligne moderne et économique. Son groupe Tunisie Valeurs porte beau. Il n’a jamais pardonné d’avoir été lâché par Chahed en pleine bourrasque judiciaire. On a murmuré dans les dédales du pouvoir que le chef du gouvernement en avait profité pour se débarrasser d’un rival. Il pourrait être ce candidat.

À Monastir, sous la tutelle de Bourguiba

Le mot le plus prononcé ce samedi fut celui du père de la Tunisie indépendante. Sa photo – accolée à celle de BCE – s’affichait haut dessus de la tribune. Son héritage fut loué à maintes reprises. BCE parla de l’émancipation des femmes. Martela que sa proposition de loi prônant l’égalité homme-femme dans l’héritage serait votée malgré « le refus des islamistes ». Bochra Belhaj Hajmida, la présidente de la Colibe, la commission qui a œuvré à ce projet de loi, était beaucoup plus pessimiste dans une conversation au Point. À sept mois des élections, dans une Tunisie où ce projet ne fait pas l’unanimité, bien au contraire, les députés affirmant vouloir voter en sa faveur ne courent pas les rangs de l’hémicycle.

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La dernière bataille de Béji Caïd Essebsi

Face à une salle hétérogène, sous le regard d’une partie du corps diplomatique, le président de la République n’a pas provoqué le même engouement que durant la campagne électorale de 2014. Au pouvoir depuis quatre ans, l’homme paye comptant, tout autant que les autres dirigeants, la mauvaise situation économique – dont il n’est pas constitutionnellement responsable – ainsi que la toxicité de la crise politique. Il a mis en avant la réussite du sommet de la Ligue des États arabes qui s’est tenu à Tunis la semaine dernière. Une victoire personnelle – l’émir du Katar et le roi d’Arabie saoudite sont sur la même photo, ce qui relève de l’exploit diplomatique – qu’il a cependant tenu à partager avec le gouvernement. À 92 ans, Béji Caïd Essebsi mène l’une de ses dernières batailles. Prouver qu’il ne s’accroche pas au pouvoir (« il n’est pas Bouteflika », décryptait un dirigeant de Nidaa), qu’il veut propulser une nouvelle génération au sommet de l’État et se poser en rassembleur face à Ennahdha, le parti islamiste toujours en tête des intentions de vote aux législatives (autour de 25-27 %). Sous la figure tutélaire de Bourguiba, la campagne électorale a été officiellement lancée par un BCE politiquement très en verve.

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